C'est comme ca que je vis, c'est ca que je fais. Je m'use voila. Je veux mourir comme si j'avais mille ans. Que mon coeur ait tellement battu, et tellement fort, qu'il finisse par laisser un trou béant dans ma poitrine. Qu'il détruise tout le reste. C'est ca ma vie. Un coeur sur le trottoir. Des gouttes sur le carrelage. Carmin. C'est tout ce que je suis, ne cherchez pas plus loin, il n'y a rien derrière. Le chemin tracé par moi n'est qu'absurdité et pertes - qu'amour et folie. Des verres vides et des mégots jetés dans le canal. Je nourris d'errance la tristesse dans mon coeur, cette petite mélancolie sublime que je chérie et qui se blottit contre moi lors de ces nuits où danse les ombres des gyrophares et des néons sur ma peau livide et dans le noir de fond de puit de mes yeux. Et où seuls me reviennent des odeurs de cigare et de souvenirs piétinés. J'aurais voulu que tout soit facile. Que le bonheur soit un aboutissement. Mais l'amour et toutes ces choses qui naissent comme des roses au coin de mon coeur ne sont pas des fins en soi. Comme sur un carrousel qui va trop vite, la nausée pourra venir nous visiter, on rira encore d'ivresse et du vent dans nos cheveux. Il n'y a pas de place pour moi dans l'entre deux. Il n'y a rien que du vide entre mes trop et mes pas assez. Et il n'y a qu'une seule demi-seconde entre le trop tôt et le trop tard. Mes mains ont accepté de s'abîmer dans ces excès du temps et du corps. Leur douceur n'est qu'un leurs. Leur légéreté est emprunte de l'habitude de soulever du plomb. Leur finesse est sculptée au couteau. Et elles ne pardonnent rien. Elles ont remplacées ma voix, trop morte et trop en travers de ma gorge. Alors mes mains remplissent des verres la nuit, font cliqueter les briquets le matin, tracent des mots sur des bouts de papiers le midi, commandent des cafés en jouant au poker l'après midi et peignent mes yeux en noirs et mes lèvres en rouge le soir. La folie n'est qu'une réponse aux mots qui se bousculent sans suite logique ici. Je ne sais plus rien, je tourne et virevolte sur des musiques trop vieilles pour que vous en connaissiez l'existence, je perds tous les sens parce que la consicence n'apporte que des incertitudes de plus, et des repères en moins. La morale, je l'ai laissé derrière depuis longtemps. Et tout ce que je vois maintenant, c'est à quel point j'ai su tout accepter. La laideur des matins ensoleillé, la vulgarité sur le bouts des mots des gens, le ridicule de leurs espérances et cette facilité qu'ils ont à mentir avec de pseudo-beaux mots sortis de livres et de chansons aussi vulgaire qu'eux. La facon dont je me convainc de ne croire en rien. Où que j'aille, ma médiocrité ne passera pas inapercue.
C'est comme ca que je vis. Dans la boue et dans la saleté. Dans la poussière et la douleur. Cette petite douleur quotidienne et supportable que j'enfouis au coin de mon ventre. Qui plaque ce sourire sur mon visage, qui me fait marcher vite et chanceller sur mes talons de petite fille. Cette douleur dans le bas de ce coeur las, cette douleur pour laquelle je me fais belle chaque jour, pour laquelle j'enfile mes dessous et pour laquelle je me farde et me pare d'artifices.